4 Juin 2026
Au cours de la semaine écoulée, les musulmans du monde entier ont célébré l'Aïd al-Adha, point culminant du pèlerinage du Hajj. Pourtant, une dimension de ces rites sacrés reste bien trop souvent insuffisamment abordée.
Pourquoi les musulmans font-ils le Hajj ? Pourquoi célébrons-nous l’Aïd al-Adha ?
La plupart des musulmans connaissent par cœur les cinq piliers de l'islam. Nous témoignons qu'il n'y a de dieu que Dieu et que Muhammad est Son Messager. Nous prions, jeûnons pendant le Ramadan, faisons l'aumône et, si nous en avons les moyens, accomplissons le pèlerinage à La Mecque. Mais il ne s'agit pas là de simples devoirs religieux. Ils recèlent une profonde signification spirituelle. Approfondissons un peu leur réflexion.
Lorsque les musulmans se rendent à La Mecque pour accomplir le Hajj ou la Omra, glorifions-nous un édifice ? Vénérons-nous des briques et des pierres ? Certainement pas.
La Kaaba est sacrée, non pas en raison de ses matériaux matériels, mais parce qu'elle constitue un point central du culte, une direction vers laquelle les musulmans se rassemblent pour prier. La tradition islamique enseigne qu'elle reflète la Maison céleste (al-Bayt al-Ma'mur), autour de laquelle les anges adorent Dieu sans cesse. La Kaaba terrestre est donc un signe, un symbole et un point d'orientation ; elle n'est pas l'objet du culte en soi.
Le Coran nous rappelle : « À Dieu appartiennent l’Orient et l’Occident, et Son Visage est partout où vous vous tournez. Dieu est Infini, Omniscient. » (2:115) À leur arrivée à La Mecque, les pèlerins proclament : « Labbayka Allahumma Labbayk » (Me voici, ô Dieu, me voici). Ces mots révèlent le véritable sens du Hajj. Le pèlerin ne se présente pas devant un édifice, mais devant son Seigneur.
Historiquement, le pèlerinage à La Mecque exigeait d'immenses sacrifices. Les pèlerins voyageaient pendant des mois, voire des années, bravant déserts, tempêtes, maladies et incertitudes. Si les moyens de transport et d'hébergement modernes ont considérablement facilité le voyage, il requiert néanmoins toujours efforts, dépenses, patience et engagement. Pourquoi entreprendre un tel voyage ? Parce que l'amour pousse les êtres humains à faire des sacrifices. Le pèlerinage est l'expression extérieure d'une aspiration intérieure.
L'un des actes centraux du Hajj est le tawaf, la circumambulation de la Kaaba. Cependant, cet acte n'est pas propre à l'islam. À travers l'histoire, des personnes de nombreuses confessions ont effectué des pèlerinages. Les chrétiens se rendaient à Jérusalem et sur d'autres lieux saints. Les juifs se rendaient au Temple de Jérusalem. Les hindous effectuent la circumambulation autour des temples et des lieux sacrés. Les bouddhistes se rendent dans les sanctuaires et les stupas. Pourquoi ?
Dans leur forme la plus aboutie, ces voyages naissent d'un désir de se rapprocher du Divin ; ils sont l'expression de la dévotion, du souvenir, de l'aspiration et de l'amour. L'Aïd al-Adha nous enseigne une leçon similaire : les musulmans commémorent la soumission des prophètes Abraham et de son fils Ismaël à Dieu. Selon le Coran, lorsqu'Abraham vit en songe qu'il devait sacrifier son fils, Ismaël répondit : « Mon père, fais ce qui t'est ordonné. Tu me trouveras, si Dieu le veut, patient. » (37:102)
Ce n'était pas une histoire de cruauté, ni celle d'un Dieu désirant un sacrifice humain. En effet, Dieu intervint avant que le mal ne puisse se produire et fournit un bélier à la place d'Ismaël. Cette histoire est une histoire d'amour et de confiance. Abraham aimait Dieu si profondément qu'il était prêt à tout lui abandonner. Ismaël aimait Dieu et son père si profondément qu'il était prêt à leur faire entièrement confiance. Le sacrifice n'a jamais été une affaire de sang.
Le Coran lui-même déclare : « Ce n’est ni leur chair ni leur sang qui parviennent à Dieu ; ce qui Lui parvient, c’est votre piété. » (22:37) Chaque parent comprend le sacrifice. Chaque personne qui prend soin d’autrui comprend le sacrifice. Chaque personne qui sert sa communauté comprend le sacrifice. Chaque fois que nous donnons de notre temps, de notre énergie, de nos biens, de notre confort ou de nos commodités pour quelqu’un que nous aimons, nous faisons un sacrifice. L’amour donne au sacrifice tout son sens. Nous ne nous sacrifions pas volontairement pour des personnes que nous n’aimons pas, ni pour un dieu que nous n’aimons pas.
Pour revenir au symbolisme du tawaf, une autre réflexion mérite d'être considérée. Les pèlerins font le tour de la Kaaba, mais lorsque nous levons les yeux vers le ciel, nous constatons que la création elle-même accomplit une sorte de tawaf cosmique. La Lune tourne autour de la Terre, la Terre tourne autour du Soleil, et le Soleil, avec d'innombrables étoiles, orbite au sein de notre galaxie. Notre galaxie se déplace dans le cosmos aux côtés d'autres galaxies. À travers toute la création, des plus petites aux plus grandes échelles, nous retrouvons des schémas d'orbite, de mouvement et de relation.
La science explique ces mouvements par la gravité et les lois divines établies au sein de la création. Pourtant, pour les croyants, ces lois elles-mêmes renvoient à une réalité plus profonde. Le Coran déclare : « C’est Lui qui a créé la nuit et le jour, le soleil et la lune, chacun évoluant sur son orbite. » (21:33) Et ailleurs : « Il n’y a rien qui ne Le glorifie par la louange, mais vous, les hommes, ne comprenez pas comment on le glorifie. » (17:44)
L'univers n'est pas un chaos aléatoire. Il est ordonné, harmonieux et guidé. Le pèlerin qui effectue le tour de la Kaaba s'inscrit, en un sens, dans un dessein cosmique déjà tissé au cœur même de la création. Le langage de la science peut décrire l'attraction, la gravité et la mécanique orbitale. Le langage de la spiritualité parle de désir, de souvenir et d'amour. Tous deux convergent vers un univers maintenu par la sagesse de son Créateur ; le Hajj et l'Aïd al-Adha nous rappellent cette vérité. Tous deux nous invitent à dépasser le rituel pour entrer dans la relation ; à dépasser l'obligation pour entrer dans la dévotion ; à dépasser les actions extérieures pour entrer dans la transformation intérieure.
En fin de compte, le chemin de la foi est un chemin d'amour.
Que Dieu nous compte parmi ceux dont le cœur se tourne vers Lui, dont les sacrifices sont agréés par Lui et dont la vie reflète Sa miséricorde, Sa bonté et Sa compassion. Amen.
Citations du Coran extraites de « Le Coran : une compréhension contemporaine » de Safi Kaskas
Cette réflexion a été rédigée par le cheikh Paul Armstrong, l'un de nos aumôniers musulmans. Pour en savoir plus sur le cheikh Paul, cliquez ici pour consulter son profil.
Les opinions exprimées dans cette réflexion sont celles de l'aumônier et ne représentent pas nécessairement la position de l'aumônerie multiconfessionnelle de l'Université de Birmingham.